La Poste : un service public pour toutes et tous, partout ! Lettre adressée à Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste

La Poste : un service public pour toutes et tous, partout ! Lettre adressée à Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste

Monsieur Philippe WAHL, Président directeur général du groupe La Poste

44 boulevard de Vaugirard

75757 Paris Cedex 15

Créteil, le 27 novembre 2017

Monsieur le Président Directeur Général,

L’aménagement du territoire constitue l’une des quatre missions de service public confiées à La Poste, aux côtés du service universel postal, du transport et de la distribution de la presse, de l’accessibilité bancaire.

Le service public postal est un élément déterminant de la présence globale du service public dans les communes et les quartiers. Nos concitoyens sont attachés à cette présence postale territoriale accessible à tous et aux personnels de la Poste qui l’assurent.

Or, force est de constater que depuis des années, les évolutions mises en œuvre par le groupe La Poste marquent un détricotage du maillage de proximité que constituaient jusqu’à présent, l’existence de bureaux de poste de plein exercice. C’est une réalité dans le département du Val-de-Marne.

Tout est organisé pour que les usagers ne se rendent plus dans les bureaux de poste : réduction des amplitudes horaires d’ouverture, baisse des effectifs, fermetures pendant l’été, mises en travaux prélude à une fermeture définitive.

Cet amenuisement de la fréquentation des bureaux par les usagers sert d’argument pour fermer des bureaux de poste, pour transformer des bureaux dits de « plein exercice » en simple « point de contact » ou en agence postale communale, à transférer des activités postales dans des commerces.

Ainsi, au fil des restructurations opérées et en cours, et au regard du nombre de bureaux ne comptant qu’un seul agent, les organisations syndicales départementales du groupe La Poste considèrent qu’un tiers des bureaux de poste en Val-de-Marne est en voie de fermeture ou de transformation.

En 2017, quatre bureaux ont fermé au Perreux Joncs Marins, Noiseau, Charenton Liberté et Fontenay-sous-Bois Joffre, remplacés par des points de contact chez des commerçants.

Si à Villejuif, la mobilisation a fait reculer La Poste pour le bureau des Lozaits, quatre autres bureaux sont menacés à Saint-Maur la Varenne Champignol, Boissy-Saint-Léger L’Orangerie, Fresnes la Vallée et Villeneuve-le-Roi les Vœux.

Et d’autres signes sont annonciateurs de possibles fermetures :

  • au travers de la réduction des horaires d’ouverture, réduits d’une demi-heure de moins, voire d‘une demi-journée, dans les bureaux de Créteil Eglise, Créteil Montmesly, Saint-Maur La Pie, Boissy principal, Villecresnes, Saint-Mandé, Vincennes Prévoyance, Chennevières principal, Ormesson-sur-Marne, Bry-sur-Marne, Joinville Charcot, Villejuif principal et Villejuif Léo Lagrange
  • par le passage de deux à un agent dans les bureaux de Rungis ville et Gentilly Chaperon vert,
  • par la fin des opérations financières comme à Boissy-Saint-Léger…

À cela, s’ajoutent les retards de courrier, voire les non-distributions que subissent quotidiennement les usagers. Autant de dysfonctionnements qui sont la conséquence directe des restructurations, en particulier du tri postal, avec ses incidences pour les particuliers, les collectivités, mais aussi pour les entreprises et l’attractivité du territoire.

Si les évolutions technologiques et informationnelles sont au cœur des mutations en cours, il n’en demeure pas moins qu’elles ne peuvent en soi induire une moindre efficience de la présence territoriale du service public auprès des usagers, particulièrement dans la zone dense que constitue les départements de la petite couronne en Ile de France.

Ainsi, le contrat de présence postale territoriale 2017-2019 va accentuer ce passage d’un réseau constitué principalement de bureaux de poste à un réseau largement dominé par les partenariats.

Cette évolution est au cœur du cadre législatif actuel s’agissant de la règle d’adaptabilité, puisqu’il stipule que « pour remplir sa mission d’aménagement du territoire, la Poste adapte son réseau de points de contact, notamment par la conclusion de partenariats locaux publics ou privés, en recherchant la meilleure efficacité économique et sociale ».

Tandis que nos concitoyens rencontrent des difficultés grandissantes d’accès au service universel postal, qu’en sera-t-il demain quand celui-ci sera négocié au gré des contrats noués avec des collectivités de plus en plus exsangues financièrement ou des commerçants.

Le groupe La Poste affiche comme priorité « l’adaptation du réseau postal aux besoins des territoires et aux contraintes économiques », notamment par :

  • La poursuite de l’intégration de services postaux dans des espaces mutualisés, que sont principalement les agences postales communales et intercommunales et les relais poste ;
  • L’accueil de services mutualisés dans les espaces postaux, comme les maisons de services au public ou les facteurs guichetiers ;
  • L’expérimentation de nouvelles formes de présence postale ou de mutualisation de services… ».

Votre groupe se défend de maintenir un nombre inchangé de points de contact, 17 133.

Dont acte, mais la réalité oblige à rappeler qu’entre 2009 et 2016, le nombre de bureaux de Poste de plein exercice a reculé de 82% du total à 52%, et des sources internes au groupe font état de l’objectif de ramener à 4 000, le nombre de bureaux (toutes opérations) à l’horizon 2020.

Le nouveau contrat validé entre l’Etat, le groupe La Poste et l’AMF va accentuer cette tendance, en passant d’un réseau constitué pour 52% de bureaux de Poste à un réseau largement dominé par les partenariats, sous huit formes de présence postale : bureaux de poste, maison de service au public, facteur-guichetier, Agence Communale ou Intercommunale, Relais-Poste, Relais Poste Urbain ou rural, espace nomade.

Ce faisant, l’impasse est faite sur deux missions essentielles du service public : la confidentialité et la confiance qui sont l’apanage des agents de La Poste, qui sont assermentés, soumis à un devoir de confidentialité, responsables financièrement des plis et colis qui leur sont confiés.

Quel est l’avenir des agents et des personnels de La Poste au sein de ces points dits de contact… dans un contexte de forte dégradation de l’emploi au sein du groupe. Ainsi, pour la seule année 2016, l’emploi pérenne marque un solde négatif de 7 023 équivalents temps plein, l’intérim a progressé de 37% en un an (soit l’équivalent de 6 489 ETP), les CDD de 13% avec 22 461 temps plein.

Nous nous alarmons de l’ampleur de la crise sociale qui frappe les personnels du groupe La Poste (société anonyme à capitaux 100% publics, dans lequel l’État est actionnaire majoritaire), deuxième employeur de France avec plus de 250 000 salarié-e-s, dont 73 000 facteurs qui distribuent le courrier, six jours par semaine, dans 39 millions de boîtes aux lettres.

Dans une adresse à votre attention, huit cabinets d’expertise indépendants ont tiré la sonnette d’alarme : « Du courrier au colis, du réseau à la banque, les agents de La Poste subissent des réorganisations permanentes qui réduisent chaque fois les effectifs, et soumettent les agents qui restent à des cadences accélérées ».

Comment comprendre qu’en ayant bénéficié d’importants fonds publics, près d’un milliard d’euros de crédit d’impôt du CICE en 3 ans, dans la même période votre groupe a supprimé 21 000 emplois nets, qu’en dix ans la sous-traitance a été multipliée par cinq, contribuant ainsi à des dégradations fortes des conditions de travail.

Nous sommes également extrêmement préoccupés, par le futur projet de contrat d’entreprise 2018-2022 entre l’État et le groupe La Poste, qui doit être voté par le conseil d’administration du groupe le 18 décembre prochain. En considérant que les missions de service public « ne peuvent être appréciées indépendamment des équilibres financiers du groupe, auxquels l’État est attentif », le texte indique que « de nouveaux types de partenariats devront être recherchés » citant les gares ou les offices de tourisme.

L’État, en tant qu’actionnaire majoritaire, doit agir pour stopper cette course à la rentabilité financière, qui dégrade à la fois le service rendu aux usagers et les conditions de travail des agents publics.

Il ne peut emboiter le pas aux recommandations récentes de la Cour des comptes. Si elle reconnaît que « la complexité des relations sociales à La Poste rend délicate la recherche du bon équilibre entre le rythme de transformations et le maintien d’un climat social satisfaisant », la Cour indique que « La Poste devra dans les années à venir chercher sans relâche à réduire les coûts de ses réseaux », notamment en poursuivant la réduction de ses effectifs et en maîtrisant l’évolution des rémunérations.

Cerise sur le gâteau, la Cour des comptes ouvre la voie à la remise en cause du service universel postal, concernant l’acheminement du courrier le samedi et la livraison du courrier à J+1, en considérant que « le relâchement de la contrainte sur la distribution en J+1 aiderait l’entreprise à minimiser ses coûts en adaptant son circuit industriel, par exemple avec un moindre recours à l’avion ».

Lorsque nous parlons d’usagers, de services publics, de proximité, La Poste nous objecte « clients », « entreprise », « rentabilité financière ». Or, les élu-e-s, les usagers, les salarié-e-s et les syndicats du groupe La Poste ont leur mot à dire sur l’avenir du service public postal.

C’est le sens des mobilisations diverses qui unissent usagers, agents et élu-e-s pour refuser l’affaiblissement de la présence postale dans les villes et quartiers de notre département, des nombreux vœux adoptés par les conseils municipaux et départementaux, ou de la manifestation du 15 mars dernier devant le ministère des finances, à l’appel de l’Association des maires du Val-de-Marne et du  président du Conseil départemental, Christian Favier, relayé par les syndicats Sud PTT 94, FO Com 94 et CGT FAPT 94.

Concernant les évolutions en cours au sein du réseau postal local et sur les réorganisations de services qui impactent les conditions de travail et le service rendu aux usagers, nous réitérons l’exigence que les Commissions Départementales de Présence Postale Territoriale soient élargies aux associations d’usagers et aux organisations syndicales représentatives du personnel afin qu’elles soient consultées.

En nous faisant le relais des mobilisations des usagers, des personnels et des élu-e-s qui refusent de subir de nouvelles fermetures de bureaux de poste et suppressions d’emplois, nous vous appelons, monsieur le Président Directeur général, à prendre une toute autre direction, celle de l’utilité et de la « rentabilité » sociale.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir, monsieur le Président directeur général, nos salutations distinguées.

Les élu-e-s du groupe Front de Gauche (PCF-PG-Citoyens) du Conseil départemental du Val-de-Marne :

Fatiha Aggoune, Alain Audhéon, Corinne Barre, Pierre Bell-Lloch, Nathalie Dinner, Christian Favier, Pierre Garzon, Didier Guillaume, Marie Kennedy, Lamya Kirouani, Jeannick Le Lagadec, Flore Munck, Sokona Niakhaté, Evelyne Rabardel, Gilles Saint-Gal, Pascal Savoldelli, Hocine Tmimi, Ibrahima Traoré.

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