Macron, le renouveau ? Une illusion dangereuse pour nos droits et nos services publics

Macron, le renouveau ? Une illusion dangereuse pour nos droits et nos services publics

La séquence électorale qui vient de se refermer est marquée par le paradoxe de nos institutions à bout de souffle de la Ve République. Jamais un candidat à l’élection présidentielle n’a bénéficié d’un si faible vote d’adhésion qu’Emmanuel Macron. Jamais l’abstention n’a été aussi forte que lors du deuxième tour des récentes élections législatives. Pourtant, Monsieur Macron a été élu président de la République et dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale.

À la tête d’un mouvement né il y a un peu plus d’un an, Emmanuel Macron a axé sa campagne sur le thème du « renouveau » et de la jeunesse.

Encore un paradoxe, politique celui-ci, tant la matrice idéologique du nouveau président de la République, pour peu qu’on l’écoute attentivement, peut nous sembler familière. Derrière ces oripeaux, se dessine en effet un projet de société purement néolibéral, on ne peut plus commun chez les représentants politiques de la droite depuis maintenant 40 ans, et que l’on pourrait résumer par ces mots de Margaret Thatcher, première ministre britannique en 1979 : « La société n’existe pas. Il n’y a que des individus, hommes et femmes […] »

Les deux premières mesures annoncées par le candidat élu renvoient d’ailleurs parfaitement à ce credo.

La première est le projet du gouvernement de réformer le droit du travail par ordonnance, c’est-à-dire en écrivant seul la loi, sans débat parlementaire. Cette réforme vise à ampli.er les mesures annoncées (mais non appliquée du fait du mouvement social) et en partie mise en place par la «loi El Khomri ». Les questions relatives au salaire, à la durée du temps de travail, à la dé.nition du travail de nuit… relèveraient de la négociation dans l’entreprise et plus de la loi. Politiquement, l’esprit de ce projet repose sur une idée simple : céder, une fois de plus, sur les droits et les conditions de travail des salarié.e.s là où la loi les protège aujourd’hui permettrait de faire progresser l’emploi. Cette idée n’a rien de nouvelle : elle prévaut depuis plus de 30 ans… et l’on sait empiriquement à quel point elle est inefficace, si ce n’est pour accroître les inégalités ! Pis : ce courant va même à l’inverse de l’Histoire depuis deux siècles, qui voit une amélioration régulière des conditions de travail pour les salarié.e.s à travers les lois et les conquêtes sociales.

La seconde mesure est la fusion des départements de petite couronne parisienne avec la métropole du Grand Paris. Le candidat Macron l’avait annoncé dès avant l’élection présidentielle, ainsi que la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, et une nouvelle purge des finances publiques locales. Mon inquiétude, ainsi que celle des élu.e.s départementaux.ales et du président Christian Favier, ne relève donc pas tant de la défense de l’institution en tant que telle, mais de celle des nombreux services publics rendus aux habitant.e.s. par les départements (solidarités, crèches, parcs, accès au numérique et au transport…). Le projet territorial de M. Macron met au centre une métropole de plus de 7 millions d’habitants, éloignée des citoyens et de leurs préoccupations quotidiennes. Il ne s’agit donc pas de remettre en cause l’éventuelle pertinence d’une métropole pour des questions stratégiques, mais il me semble tout à fait invraisemblable de lui demander de rendre un service public de proximité efficace aux usagers – citoyens. Si, demain, les départements devaient disparaître, qu’adviendrait-il de toutes ces politiques publiques qui, pour certaines, bénéficient à toutes et tous et, pour d’autres, sont essentielles pour permettre aux plus fragiles de boucler, difficilement, leurs fins de mois ? Au regard du courant politique qu’incarne Macron, il y a fort à parier qu’à l’égalité du service public, on substituerait la logique marchande… et donc l’exclusion de toute une partie des bénéficiaires actuels de ces services. Là aussi, cette décision viendrait accroître les inégalités qui rongent déjà terriblement notre société, et plus encore l’agglomération parisienne.

Comme on le voit, le discours d’un «renouveau » porté par M. Macron ne résiste donc pas bien longtemps à l’analyse de la vision de société et des intérêts qu’il porte : il est plutôt le parfait héritier d’un courant politique que nous ne connaissons que trop bien. Nous savons donc déjà quoi lui opposer : un discours d’émancipation et de progrès social et écologique, que porteront nos élus au Parlement, au Département et dans nos villes, aussi bien que dans la rue, pour la défense de nos intérêts.

Didier Guillaume, Vice-président du Conseil départemental en charge de la Coopération décentralisée, des Relations et solidarités internationales et de l’Action en faveur de la paix

Canton de Choisy-le-Roi

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